[Séminaire] Psychologie politique : entre philosophie et passions (P4) – 2025-2026 Métapsychologie politique
- SFPJ
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Psychologie politique : entre philosophie et passions (P4)
Séminaire mensuel à l’Université de Lorraine, inauguré en septembre 2019.
Political psychology: between passions and philosophy (P4)Monthly seminar at Lorraine University, Nancy, France
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Programme 2025-2026 : Métapsychologie politique
La psychologie politique est une discipline qui, dès ses origines, se conçoit comme pluridisciplinaire : ce projet propose donc la mise en place d’un séminaire interdisciplinaire et exploratoire autour des questions sollicitées par ce champ de recherche qui ne fait que commencer à se développer. La philosophie sociale, approche aujourd’hui dominante en philosophie politique en France, se concentre sur des aspects systémiques de la société qui déterminent en grande partie la psychologie des individus. Cette approche qui nous paraît structurante mérite à notre avis d’être complétée par une autre, plus intéressée par la psychologie individuelle, par la compréhension de sa complexité, éclairée par diverses théories (épistémologie, morale, théories politiques enfin), et par des facteurs personnels, influençant la réception des composantes théoriques.
Après quelques saisons consacrées à des questions plus appliquées (notamment : à la compréhension du fascisme), nous revenons aux problèmes disciplinaires, dont la mise à jour constante parait nécessaire.
Le séminaire est organisé sous les auspices de la Société française pour la philosophie et la théorie juridiques et politiques – SFPJ.
Le programme de la septième saison (cf les résumés des interventions)
12 janvier 2026 – Frédéric Fruteau de Laclos, Laboratoire Lettres Idées Savoirs – LIS, Université Paris-Est Créteil (UPEC)
Faire de la psychologie quand on est sociologue. Un programme politique.
9 février 2026 – Gaelle Marinthe, Laboratoire de Psychologie Sociale et Cognitive (LAPSCO–UMR UCA-CNRS), Université Clermont Auvergne
Le rôle de l’identité sociale et de l’idéologie dans les comportements collectifs et politiques
9 mars 2026 – Sarah Troubé, Laboratoire CRPMS, Université Paris Cité
De la post-vérité à la post-réalité : peut-on penser une psychologie du monde commun ?
27 avril 2026 – Bruno Quélennec, Université Paris 8
La théorie critique et la question de l’antisémitisme
Première séance de la saison :
12 janvier 2026, 18h30, en ligne
Frédéric Fruteau de Laclos
Laboratoire Lettres Idées Savoirs – LIS, Université Paris-Est Créteil (UPEC)
Faire de la psychologie quand on est sociologue. Un programme politique.
Auteur Frédéric Fruteau de Laclos est professeur de philosophie à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC), après avoir été MCF à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ses travaux s’inscrivent principalement dans l’histoire de la philosophie française du XXᵉ siècle, à l’intersection de l’épistémologie, de la psychologie philosophique et de l’anthropologie de la connaissance. Il s’intéresse notamment à la manière dont la philosophie a abordé les rapports entre connaissance, sciences humaines et compréhension d’autrui dans la pensée française moderne et contemporaine.Parmi ses publications récentes se trouve L’existence des autres. Deleuze, Sartre, Chastaing (Vrin 2023) & La connaissance des autres (Cerf, 2021)
Résumé
La psychologie politique (notamment celle de Jon Elster) nourrit une grande méfiance à l’égard des déterminations systémiques, qu’elle ramène à du fonctionnalisme, au sens qu’Elster donne à cette notion : les comportements individuels seraient simplement fonction de structures systématiques qui dépassent les intentions des agents. Pour Elster, se confier ainsi à ces structures, c’est se tourner vers des idoles, et se détourner d’un travail véritablement scientifique. La science doit s’attacher à ce qu’il y a, à savoir des individus. Tel est le nominalisme de l’individualisme de méthode de cette psychologie politique : il n’existe que des individus. Je suis sceptique sur ces postulats et sur les effets qu’ils produisent. Je trouve que la sociologie est trop vite récusée. Bien sûr, les structures sont construites, et elles le sont à partir des individus, et par les individus eux-mêmes. Mais on ne peut pas ignorer qu’une fois advenues historiquement, les structures produisent des effets systémiques contraignants sur les individus.
Pour autant, la sociologie telle qu’elle est le plus souvent pratiquée, en France notamment à la suite de Pierre Bourdieu, a tendance à ne considérer que les structures, sans tenir compte ni du rôle des individus dans la constitution des structures, ni des effets que les individus peuvent produire sur les structures une fois celles-ci constituées. Et ce ne sont pas les développements sur l’habitus comme sens incorporé des structures par les sujets qui changeront quoi que ce soit à ce constat, puisqu’une telle théorie table sur la passivité fondamentale des sujets, qui sont moins des acteurs ou des agents que des « agis » ! Ils sont modifiés par les structures sans pouvoir les modifier en retour.Il me semble que ce type d’approche néglige à tort la dimension psychologique des faits sociaux et historiques.
Cette négligence s’inscrit dans l’histoire compliquée, en France, de la détestation, aussi bien épistémologique que politique, de la psychologie, de ses objets et de ses méthodes. Bourdieu, jusqu’au bout, se sera réclamé de Canguilhem, dont on se rappelle la diatribe violente contre la psychologie et les psychologues dans « Qu’est-ce que la psychologie ? » : parti pour en donner la définition, ce dernier affirme très vite, puis développe tout de long, que la psychologie manque d’une définition, qu’elle est ignorante de sa propre essence, qu’il n’est d’ailleurs pas sûr qu’elle ait une essence, que c’est une pratique de techniciens, et qu’elle ferait bien de s’interroger sur ce qu’elle est et surtout ce qu’elle fait.


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